Théâtre DES DOMS

FESTIVAL OFF

EDITO

Alors que la planète est de tous côtés en proie aux flammes, tout semble bon pour détourner l'attention des citoyen·nes des enjeux majeurs. Recul dans les acquis sociaux, rétropédalage sur l'égalité femmes-hommes, coupes dans la culture, dans les soins et les aides aux plus démuni·es, budget délirant accordé à l'armement... Partout, sous prétexte de « bon sens » ou de « bonne gestion », les populismes et les fascismes profitent de l'emballement pour imposer leurs idées prêtes à penser, dont l'histoire nous a enseigné les funestes conséquences. Dans ce contexte, le rôle du théâtre comme lieu d'assemblée, de rencontre, de parole et d'engagement nous semble plus que jamais salutaire.

Cet été, les Doms invitent les spectateur·ices à prendre le réel à bras le corps, à travers les histoires les plus ténues, les plus anecdotiques parfois, celles où des gens simples, celleux qui sont souvent réduit·es au rang de personnages secondaires dans les autres récits, affrontent jour après jour des défis colossaux, concrétisation dans leur quotidien, dans leur chair, dans leur famille, des enjeux majeurs de notre temps.

Plutôt que de donner la parole aux décideurs ou aux héros traditionnels (nous laissons volontairement le genre masculin l’emporter dans ce cadre), la scène des Doms s'ouvre aux invisibles, aux personnages qui restent habituellement hors champ, en coulisse et dans l'ombre. Et leur rencontre déclenche sur les planches un feu d'artifice d'émotions, d'intensité et de vitalité. En effet, la créativité des artistes de Wallonie et de Bruxelles permet cette année encore de proposer des formes surprenantes, inédites, impressionnantes, avec une énergie contagieuse et une implication si forte qu'elle émerveille et démontre que la scène est un lieu où tout est encore possible, et surtout le meilleur.

Au croisement du théâtre, de la poésie, de la musique et du slam, il existe un lieu précieux où les corps et les voix se donnent sans réserve, le temps d’un spectacle. Où l’intime et l’universel ne font qu’un, où les plus petites histoires rejoignent la grande. Et où les émotions permettent réellement de mieux saisir les enjeux du monde, voire donnent envie de les questionner et de se relever les manches. Que ce soit pour applaudir ou pour changer le cours des choses.

Sandrine Bergot